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Mohammed Rochd, ex Jules Kempf.
chami


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Notes de lecture par Chami Mohammed Elhabib du livre de

Isabelle Eberhardt, «  Une version inédite de SUD-ORANAIS Notes de Route », textes présentés, établis et annotés par J-M KEMPF-ROCHD. Editions/ ENAG.


Dans cet ouvrage, Rochd-Kempf ne fait que continuer la recherche du manuscrit perdu, l’histoire de ce manuscrit est en soi une véritable aventure. Seuls les adeptes des mots croisés, des jeux de mots et du scrabble peuvent imaginer le travail colossal accompli par Rochd pour carrément ressusciter le livre Sud-Oranais d’Isabelle Eberhardt. Il passe en revue tout ce qui a été écrit sur Isabelle Eberhardt et sur le manuscrit, toutes les erreurs et défaillances sont dénoncées et critiquées. Il faut bien aimer Isabelle Eberhardt pour faire ce travail de déchiffrage. Le livre montre à tous les survivants parmi ceux qui ont écrit sur Isabelle Eberhardt qu’ils doivent revoir leurs travaux parce qu’il y a du nouveau. Les notes nous renseignent sur le travail méticuleux de comparaison entre les différentes éditions, sur le déchiffrage du texte du manuscrit et sur la correction des différends faux déchiffrages. Rochd est venu comme un programme qui annule tous les changements faits par Barrucand, il nous montre la différence entre Victor Barrucand et Isabelle Eberhardt. Dans la recherche, rien ne se fait sans sacrifice, sans sueur, sans intelligence, rien, non plus, ne se fait sans respect absolu de la personne objet de la recherche surtout quand cette personne est un être hors du commun. C’est le sérieux religieux et absolu de Rochd dans ce travail qui nous a donné ce résultat : un résumé et une base de travail pour toute fondation ou association à créer dans les villes qu’Isabelle Eberhardt a connues, où elle a vécu et sur lesquelles elle a écrit. Apres avoir lu tout ce qui a été écrit durant plus d’un siècle par ceux qui ont cru et prétendu connaître Isabelle Eberhardt, Apres avoir reconstitué l’œuvre détruite par l’oued d’Ain Sefra et l’ami Victor, Rochd nous présente tout ca sur un beau livre qui invite à un redémarrage comme si nous retournions à 1904. Chaque page du livre, chaque note nous montre ce que recherche veut dire.
Dans ses commentaires, Rochd démontre qu’Isabelle Eberhardt a choisi son monde à savoir  les musulmans, les humbles, les pauvres, les colonisés, il ironise sur toute idée d’espionnage, sur cet unique « espion » de l’Histoire dont on ignore l’objet et le contenu de l’espionnage, personne au monde ne connaît les informations transmises par Isabelle Eberhardt à la puissance coloniale. Pour Rochd, Isabelle Eberhardt avançait dans la vie sans feuille de route autre que sa conscience, sa curiosité, ses possibilités et ses différentes rencontres et découvertes. En plus des multitudes de choses qu’on apprend à la lecture des notes et des notes complémentaires, Rochd nous dit qu’il ne s’agit pas d’inventer une Isabelle Eberhardt conforme à nos gouts et à nos idées, mais de découvrir le vrai Si Mahmoud qui a bel et bien existé. Beaucoup reprochent aux heberhardiens de Ain Sefra leur intérêt pour l’aventurière,
Mais Rochd leur reconnaît la paternité de l’organisation du centenaire le 21 Octobre 2004 au cinéma Mzi de Ain Sefra où lui-même était invité et avait donné une conférence avant de partir à Genève pour la même commémoration. A Ain Sefra, on avait organisé le 99iem et le 100iem anniversaire de la disparition de Seid Mahmoud, la tombe d’Isabelle Eberhardt est continuellement visitée, et ceci depuis très longtemps, par des touristes venus du monde entier. La même année, le 05 Octobre 2004, le président du Haut conseil islamique, Mr Ouamrane avait donné une conférence dans le même cinéma Mzi où il avait, avec une multitude d’arguments, lavé Isabelle Eberhardt de tout soupçon d’espionnage ou autre.
Le livre « Sud-Oranais » de Seid Mahmoud est un don, c’est comme si un parent nous raconte ses aventures juste après le retour d’un long voyages. Les descriptions des mondes traversés sont tellement bien faites que nous pensons qu’Isabelle Eberhardt devient automatiquement membre à part entière de tout ce qu’elle rencontre dans sa route : famille, tribu, zaouïa, ville ou village. On ne lit pas, on voit à travers ses mots, on voit les tirailleurs, les spahis, les légionnaires, les femmes, les hommes qu’elle a rencontrés, on les voit de l’intérieur et de l’extérieur. L’Histoire, le cinéma, le théâtre, tous les arts sont réunis dans le texte d’Isabelle Eberhardt et elle nous transmet même ses rêves à travers ses mots. Ceux qui étudient le Sud-Oranais doivent lire Notes de routes. Cent caméras n’auraient pas donné autant d’informations sur la région, Isabelle Eberhardt notait et interviewait tout ce qui bougeait et qui ne bougeait pas sur son passage. Quand elle parle des esclaves libres, on se sent dans la case de l’oncle Tom, quand elle parle des conflits de génération on voit Oedipe et Laïus. Quand elle parle de Hama Srir et Saadia, on voit Kais et Leila. On découvre pourquoi certains n’aiment pas l’œuvre de l’écrivaine, c’est parce que Isabelle Eberhardt n’ajoute rien, n’imagine rien et ne retranche rien. Elle photographie et filme la vie en direct, ce qui donne la vérité crue et cette vérité n’est pas bonne à dire. Chacun veut qu’on dise le bien de sa famille et de sa tribu et qu’on épargne le mal, ce qu’Isabelle Eberhardt ne sait pas faire. On aimerait trouver ce que cherchait Isabelle Ebarhardt chez nous, c’est vraiment dommage pour la perte définitive de beaucoup de mots et de chapitres, exemple les 25 lignes du chapitre Sidi Boutkhil qui contenaient surement la description de la waada d’Octobre et du rêve dont parle la tradition, chez nous, rêve que Isabelle Eberhardt a fait la première nuit qu’elle a passée à Ain Sefra dans une maison proche de la Koubba de Sidi Boutkhil. L’impossible et inimaginable suicide de la révoltée, tirée d’une histoire vraie nous montre que la liberté n’est pas loin parce que l’aspiration est grande et naturelle même dans les coins les plus isolés et les plus renfermés. Isabelle Eberhardt décrit les enterrements : lecture de la sourate Ya Sin et de la borda sur le cadavre de la révoltée suicidée, nous sommes très loin des salafistes d’aujourd’hui qui ne lisent rien même pas sur le cadavre de leur parent. La description des danses contre l’esclavage, de la musique qui vient droit de l’Andalousie, nous montre d’où vient Alla El Fondou et pourquoi il y a un orchestre complet dans chaque maison à Kenadza. Isabelle Eberhardt semble connaître nos tribus et nos Archs mieux que chacun de nous, elle a vraiment plongé dans notre société du début du 20iem siècle. Elle regardait autour d’elle avec des yeux de savant et de philosophe et elle avait découvert qu’il y a deux univers et deux vérités en chacun de nous, un monde dans nos maisons et un autre dans nos rues. C’est une grande étude ethnologique, historique et sociologique que présente Isabelle Eberhardt dans Sud-Oranais Notes de route. Enfin elle nous donne un cours de spiritualité en comparant l’entrée dans une zaouïa à un long voyage intérieur : cette aventurière qui n’aime et ne trouve beau que ce qu’elle rencontre pour la première fois et pour qui le monde et la vie ne sont acceptables que s’il y a toujours du nouveau, jamais de routine ni de retour sur ses pas. Le déjà vu est toujours laid à l’exception de la zaouïa, seul endroit au monde où l’on peut sans se lasser répéter toute une vie la même vision et la même lecture dans le même rythme. « Sud-Oranais » doit être traduit pour etre  lu par tous les fils du Sud Ornais, c’est de et à chacun de nous que s’adresse Isabelle Eberhardt, beaucoup de ce qu’elle décrit de nos us et coutumes est toujours en exercice dans plusieurs de nos village.



    




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Et c'est ça qui fait sa grandeur et c'est justement qui pousse Ain-Séfra à l'aimer. Merci bien Chami du partage!


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