Ain Sefra Index du Forum
Ain Sefra
Forum de tous les safraoua
Répondre au sujet
SAHNOUN SI BOUBAKEUR
DERDOUR AHMED


Hors ligne

Inscrit le: 28 Aoû 2009
Messages: 488
Localisation: Ain Séfra
Répondre en citant
-1- 
 Sahnoun Si Boubakeur, l’infatigable militant. 
Il m’a reçu aujourd’hui Jeudi  17 mars 2016, chez lui, vers 10heures. Il m’a réservé un accueil chaleureux ce qui m’a permis  de le questionner bien à l’aise. De l’entretien qui a duré plus d’une heure, entrecoupé de gorgées de thé et de bouchées de Mekhalla3, il s’est dégagé le résumé suivant : 
Si Boubakeur bien aimé de toute la ville, et bien connu de toutes les associations bienfaisantes est né le 13 mai 1929. Jeune, il s’adonna au commerce  et en 1955 il prit la direction du magasin laissé par son père. Après un mariage infructueux, il se remarie en 1960. Ses enfants sont tous d’une conduite exemplaire.  
En 1962, il s’engagea dans l’enseignement primaire palliant le vide laissé volontairement par les enseignants français de l’époque. Ses élèves maintenant grands’ pères gardent de lui un souvenir mémorable. Ceci  n’est  qu’un flash de sa vie privée. Je ne me suis pas trop étalé  sur ce sujet. Je me suis intéressé beaucoup plus longtemps à son parcours politique et à sa qualité de militant pour l’éveil de la conscience nationale étranglée par le joug du colonialisme. 
En Juin 1945, les Scouts Musulmans Algériens voient le jour à Aïn-Séfra grâce au PPA qui les a dotés de cadres  de grande qualité. Ainsi fut donc nommée la première maitrise du groupe El Ittihad dirigé par les membres suivants aidés par El Morchid Alla Abderrahmane :  
1-Chami Abdallah  commissaire local 
2-Hammou Abdeljebbar : chef de troupe 
3-Karmoud Mohammed : assistant chef de troupe 
4-Hashas Boutkhil : chef de meute 
5-Sahnoun Boubakeur assistant chef de meute 
Le 20 octobre 1948 : nomination de la deuxième  maitrise et à sa tête Si Boubakeur, commissaire local (décision N° 640 signé par le président des SMA Bouzouzou Mahmoud 8 rampe de la Pêcherie Alger). Il fut secondé par les  membres suivants :  
-Baghdadi Boualem 
-Chami Abdelkader 
Le but  était de former des jeunes  physiquement et moralement. Bien éduqué, le scout fera un bon citoyen responsable, défendant  sa foi et les valeurs de son pays. 
  
-2- 
Durant les nombreux défilés dans les différentes artères de la ville  et devant les cafés et les hôtels des Européens, nos jeunes scouts du groupe El Ittihad, en tenue réglementaire, bien disciplinés, chantaient la gloire de nos ancêtres. Les chants scouts, les chants patriotiques  et religieux avaient pour but la sensibilisation de la population musulmane et la préparation de nos jeunes à la lutte armée, un jour à venir.  Le lendemain, après chaque défilé, Sahnoun Boubakeur était  convoqué par l’administrateur adjoint Kneknetch de l’annexe du Bureau Arabe. Pour ne point le gêner, et pour lui éviter les bouches calomnieuses, le commissaire de police,  Benyahia, chargé de l’emmener en personne,  lui traçait le chemin à suivre. 
En  1947, les SMA organisèrent  un camp, le plus important,  à  Aïn-Ouarka. Après deux jours de marche, quarante sept jeunes  à pieds, sac au dos rempli de denrées alimentaires, couverture, corde...,  chantant fièrement, ne se reposant que dans les haltes jugées appropriées par le chef,  arrivèrent au camp après avoir escaladé le mont Djaara. Là, durant vingt et un jours, ils ont expérimenté leur endurance, leur entraide...leur capacité et leur qualité de bons citoyens. Les pièces de théâtre qu’ils présentaient, mettaient en valeur le bon musulman et le courage des ancêtres  combattant les impies. Le scoutisme n’est-il pas la première école du nationalisme ? Les SMA ont vécu bien après l’indépendance  sous le commandement de Si Sahnoun qu’on ne nommait que par Si Boubakeur. Et c’est grâce à lui si le scoutisme vit jusqu’à aujourd’hui à Ain-Séfra. 
Les SMA d’  El Ittihad d’Ain-Sefra, les SMA du groupe Bouderga d’El Bayadh dirigés par les chefs Bouamrane Cheikh et Baki Boualem (Ce dernier a été désigné délégué de l’Assemblée Algérienne par les SMA et remporta le siège en avril 1948) ainsi que les SMA du groupe El Fath de Béchar sous la conduite du chef Berrachdi Bouazza, ont organisé conjointement plusieurs camps à Ain-Sefra, les années 1946-1947.  
Le MTLD, issu du PPA(1943) et de l’UDMA(1944) élit son premier bureau à Aïn-Séfra en 1946 sous la présidence de Mekki Ahmed soutenu par les membres : 
-Litim Mohammed Premier Vice-président 
-Derbal Tadj Deuxième Vice- président chargé  de la zone rurale 
-Chami Ahmed Secrétaire Général 
-Sahnoun Boubakeur Trésorier 
-Tiouti Ahmed : Trésorier adjoint 
- Aïssaoui Taqui, Benchalâa Blal, Fellah Abdelkader et Mekkaoui Miloud : assesseurs. 
Les amis SMA payaient une cotisation mensuelle de vingt(20) francs. 
  
-3- 
Il faut reconnaître que les prisonniers politiques de toute tendance séquestrés à Djenien Bourezg, depuis 1945 avaient  participé à la formation des habitants de la région. Et à chacun de leur déplacement par train(les détenus allaient ou venaient de la prison de Djenien Bourezg, suivant le goût du colonialiste),  ils furent reçus à la gare d’Ain-Séfra par un groupe de militants répandant dans l’air, à plein gosier, des chants patriotiques et religieux  leur prouvant ainsi leur soutien et montrant clairement, à l’ennemi, leur affiliation nationaliste. 
 Deux visites (entre 1946 et 1948) ont été effectuées à Ain-Sefra par Ahmed Ben Bella, membre de l’Organisation Spéciale responsable du département d’Oran. 
Le passage de Messali El Hadj à Ain-Sefra le 20 Mars 1948 a bien inquiété les autorités militaires et les slogans qui circulaient, annonçaient une nouvelle ère : - La liberté ne se donne pas, elle se prend- Ceux qui mangent un quintal vont se contenter de la moitié. L’autre moitié aux efforts de guerre- et la pancarte bien visible : Pour vaincre, il faut s’organiser- ne laissaient aucun doute  sur la gravité des agissements des militants; ce qui poussa les services de renseignements à prédire que quelque chose de grave allait se passer bientôt à Ain-Séfra. 
En 1949 germa  le premier noyau de l’OS  chargé de préparer la révolution armée dans la région d’Aïn-Séfra. Il fut constitué par les membres suivants : 
- Limam Mohammed ould Taleb Bahous 
-Chenguiti Boutkhil 
-Alla Belhadj 
-Alla Abderrahmane. 
Début  de l’année 1949 El Watania(MTLD) ordonna à son élément Nemmiche Djelloul (employé des PTT à Aïn-Séfra depuis 1942) à rejoindre  la poste centrale d’Oran.  C’est grâce à sa complicité qu’Ahmed Benbella  et ses compagnons ont pu  dévaliser plus de trois millions sept cent soixante et onze francs français(3 771 000) de la poste centrale,  fin Avril 1949. 
Donc Aïn-Séfra et les villages voisins ont adhéré aux mouvements politiques dès leur apparition  dans le pays. Certains membres ont été humiliés, pourchassés, emprisonnés exactement comme leurs frères du Nord. Ils étaient parfaitement au courant de ce qui se passait et allait se passer au pays  en particulier la date du déclenchement de la révolution. On ne doit en aucun cas accuser Aïn-Séfra de retard car son attachement à la révolution était toujours prouvé.  Si les actions musclées ont été volontairement retardées par les responsables du Front et de l’Armée de Libération Nationale c’était tout simplement pour   permettre à la Révolution de se ravitailler en hommes, en armes et en munitions. Mais cela  
-4- 
n’a pas empêché les Militants et Moudjahidine de la région d’Aïn-Séfra  de démontrer  leur détermination à combattre. 
Le 23 Mars 1954, un nouveau parti politique  le CRUA Comité Révolutionnaire d’Union et d’Action vit le jour en remplacement du MTLD et le 1O Octobre il prend le nom de Front de Libération Nationale. Tous les  adhérents aux différents partis politiques rejoignirent le nouveau né et concrétisèrent leur soutien par des actions : 
-30 Avril 1954 Lors de la fête du Cameron, des légionnaires provoquèrent les habitants arabes de la ville. D’après Benkacimi Abdelkader : -«  Litim Ould Mansour et son camarade Aït-Salem Ahmed  exécutèrent un légionnaire vengeant ainsi leur frère Bengourari Slimane jeté du grand pont. 
Le 8 Novembre 1954, le rapport confidentiel du 9 Novembre 1954 fait état de perquisitions dans les rangs du MTLD (journal Ouest Tribune du dimanche 02 Avril 2000. Ont été visés : Chami Ahmed-Litim Mohammed ould Mansour-Mekki Ahmed-Moulay Chérif-Arafi Bouziane- Aïssaoui Mohammed Taqui-Ben Kacimi Kaci-Abderrahmane BenAbdessalam(Bahou)-Limam Mohammed ould Taleb Bahous-Grioui Ali- Khelif Ahmed Ben Mohammed- Khélil Saïd BenMiloud- Ben Djillali Mohammed ould Ahmed-Chami Abdallah. 
1er novembre 1954 des écriteaux sur les murs soutenant la révolution 
-30 novembre 1954 Le Premier déraillement d’un train prés de Hadjadj. 
Le 11 avril 1956(Journée commémorative sur Ain-Séfra et son Ksar page 7), la guerre est déclarée ouvertement au colonialiste français. Les premières bombes sur le territoire national, furent jetées le 20 Juin 1956 dans : Café Lévy – Restaurant Laudy – Cinéma Lavigerie. En cette année, les Monts des Ksour prirent  les noms : Djebel en feu- Deuxième Aurès..., rappelant ceux de l’insurrection du Cheikh Bouamama : Coupe Gorge... 
Lors de la décapitation de Si Mansour, en 1957, des documents compromettants ont été retrouvés par l’armée française au Djebel. Les militants Achour Kaddour et Sahnoun Boubakeur  quittèrent Ain-Sefra et allèrent se réfugier l’un à Tiout, l’autre à Moghrar Tahtani. Le soir, les militaires à pieds et en camions prirent la direction de Moghrar Tahtani. Du minaret de la mosquée, on les vit à Hassi Bachir de Draâ Sâ, éteindre leurs phares. Le village fut encerclé  et de bon matin, tous les hommes furent sortis de leur lit et regroupés sous haute surveillance.  On sut alors qu’ils étaient en quête de Si Driss (Benchérif Mohammed) et de son compagnon d’armes Chadli qui ont pu s’échapper  grâce  à  la complicité de certains habitants. Si Boubakeur souffla un peu, sortit de sa cachette du Kherbich (salle pour l’apprentissage du Coran abandonnée, presqu’en ruine) Mais le sort voulut qu’il soit interpellé par un légionnaire. Arrivé près de la maison de Naïr Mohammed Ben Tadj d’où un docteur militaire sortait : 
-5- 
-Hé, toi tu sais parler français ? 
-Oui docteur répondit Si Boubakeur. 
-Tu es du village ? 
-Oui et j’ai même 3OO palmiers 
Et depuis cet instant et durant tout le temps de l’encerclement, il s’est vu traducteur. 
Mais la chance ne sourit pas toujours  et le 6 mai 1957 condamné, Sahnoun si Boubakeur inculpé de militantisme, passa un an, un mois et 15 jours dans les prisons d’Aïn-Séfra, Méchéria et Mascara 
Le 5 juillet 1962, à midi, le drapeau français fut descendu et plié à jamais par trois ou quatre  militaires français sans armes et le drapeau national fut levé pour toujours flotter librement, par une vingtaine de Moudjahidine (ALN) armés et en uniforme, accompagné dans son élévation par l’hymne national chanté par les SMA( une soixantaine) sous la conduite du Chef scout et grand militant Sahnoun Si Boubakeur dont voici un résumé de son parcours de sa vie militante  et les différentes responsabilités qui lui ont été confiées : 
 1945  Assistant chef de meute 
1946-1949 Trésorier du Comité MTLD 
1948-1975 Responsable des SMA 
1956-1962 Détenu, Chef de cellule 
1962 Enseignant 
1970-1978(deux mandats) Secrétaire Général de l’Union  Territoriale de l’UGTA 
1979-1985 Membre du bureau de la Kasma FLN 
1985-2007 Président de la Section MUNATEC de la Wilaya de Naama. 
1988-1993 Directeur de l’école primaire Ain-Séfra, Sfissifa. 
   
  
AIN-SEFRA le 10 Mai 2016 Texte écrit par Ahmed Derdour ; corrigé et approuvé  par Sahnoun Si Boubakeur 


Yahoo Messenger
Publicité
Publicité


PublicitéSupprimer les publicités ?
SAHNOUN SI BOUBAKEUR
HUMANISTE


Hors ligne

Inscrit le: 12 Mai 2009
Messages: 1 722
Localisation: DOUCE FRANCE
Répondre en citant
Un récit magnifique sur nos grands Séfraouis et nous sommes fiers d'eux !
Te voilà brosser le tableau de ces hommes d'exception qui furent des battants,
des intelligents, bâtisseurs et bienveillants !!
Longue vie à Mr : SAHNOUN et merci à toi Ahmed …. tu es comme CHAMI!!
C'est un bonheur de vous lire …. les souvenirs de vos aînés restent intacts, magiques
et ils sont racontés avec autant de passion.....Très bon ramadan et à bientôt.



_________________
LE REFUS DE L'IGNORANCE, LA VOLONTE DE SAVOIR, D'EXPLIQUER, SONT, JE CROIS
L'HONNEUR DE L'ESPRIT HUMAIN DANS TOUS LES DOMAINES < THEODORE MONOD >
SAHNOUN SI BOUBAKEUR
DERDOUR AHMED


Hors ligne

Inscrit le: 28 Aoû 2009
Messages: 488
Localisation: Ain Séfra
Répondre en citant
Très en retard pour te remercier d'avoir lu et aimé mais je le fais quand même . Merci Humaniste!


Yahoo Messenger
SAHNOUN SI BOUBAKEUR
Contenu Sponsorisé


SAHNOUN SI BOUBAKEUR
Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure  
Page 1 sur 1  

  
  
 Répondre au sujet